Fouilles préventives à Dieppe

Neuville-lès-Dieppe / le "Val d'Arquet" :

une occupation laténienne et gallo-romaine

près du camp de César

Les fouilles réalisées par le SMAVE à Neuville-lès-Dieppe, le Val d’Arquet, font suite au diagnostic positif effectué en juin 2011 sous la direction de François Delahaye (INRAP), dans le cadre d’un projet immobilier du promoteur Sodineuf – Habitat Normand. Ces recherches préalables avaient révélé, dans un contexte archéologique marqué par l'oppidum de Bracquemont (à quelque 800 m au nord-est), "les traces d’une occupation laténienne matérialisée par deux systèmes d’enclos reconnus partiellement [avec une possible] continuité d’occupation dans les premières décennies de notre ère" (Delahaye 2011, p.12).

 

Les fouilles se sont déroulées de novembre 2012 à mars 2013, sur une surface de 18.000 m2, correspondant au quart nord-ouest du projet.

Les données recueillies sont en cours d’étude. Au stade actuel de l’analyse, la fourchette chronologique établie lors du diagnostic a été élargie. Cette dernière couvre désormais la fin de La Tène moyenne (Tène C2/D1) jusqu’à la fin du Ier siècle de notre ère, voire le début du IIe s.

 

L'ensemble fossoyé reconnu au sud-ouest de la zone décapée (Ensemble B) correspond à l’angle d’un établissement rural se développant hors emprise, ainsi qu'un probable chemin draîné et/ou limite parcellaire (en bleu sur le plan). L'ensemble est implanté selon une trame orthogonale d'axes NE/SO et NO/SE. Le mobilier, essentiellement composé de céramique "veauvillaise", permet de rattacher cette occupation à La Tène C2/D2. Les  céramiques dites "veauvillaises" composent l'essentiel du mobilier laténien (90,3% du NT et 82,8 % du NMI). Ces productions se caractérisent par un dégraissant sableux avec de petits silex, donnant aux céramiques un caractère rugueux et sablonneux au toucher ; leurs couleurs varient du gris au beige avec des reflets rosés.  La forte représentation de céramique "veauvillaise" dans les contextes de la fin du IIe s. av. J.-C. et du siècle suivant n'est pas un phénomène isolé : cette observation semble en effet une caractéristique commune au nord du Pays de Caux et à la région dieppoise.

 

Par la suite, l'occupation se déplace plus au nord (Ensemble A), où les vestiges reconnus – fossés d'enclos, bâtiments sur poteaux, fosses, mares et structures de combustion – sont associés à un mobilier couvrant la période augustéenne à la fin du Ier siècle de notre ère. Cet abandon probable de l'habitat protohistorique au profit d'un nouvel emplacement tend à corroborer le propos d'Yves Desfossés concernant l'évolution de la ferme indigène en Pays de Caux (Desfossés 1996, p. 206).

La trame axiale préalable semble respectée. Trois enclos se succèdent (sur le plan, les tracés sont respectivement rouges, verts et orange) ; les réorganisations de l'espace sont limitées. Le schéma récurrent de fossés doubles délimitant une cour trapézoïdale montre une forme de continuité dans l'évolution de l'établissement.

 

Aucun indice mobilier ne permet d’attester l’occupation du site au-delà du début du IIe s. Seule une série de trous de poteaux alignés, attribuables au plus tôt à la fin de la période moderne, témoigne des ultimes aménagements reconnus sur la parcelle.

 

Laurent Cholet & Guillaume Blondel

SMAVE

Éléments de bibliographie

 

BEURION (C.) et DUBOIS (S.), Bracquemont/Dieppe. Camp de César ou Cité de Limes, in Bilan scientifique Régional 1996, Service Régional de l'Archéologie, 1997, p. 58-60.

 

DELAHAYE (F.), Dieppe, Seine-Maritime, Le Val d'Arquet. Une occupation laténienne près du "Camp de César", rapport de diagnostic, INRAP Grand-Ouest, 2011, p. 72.

 

DESFOSSES (Y.), L'évolution de la ferme indigène en Pays de Caux. L'apport des fouilles de l'autoroute A29. Premiers résultats, in Revue archéologique de Picardie, n° spécial 11, 1996, p. 203-208.